lois-phonétiques

Loi de Bartoli (grec)

La loi de Bartoli est une loi relative à l’accentuation en grec. Cette loi décrit l’évolution de l’accentuation des mots originellement oxytons (c’est-à-dire accentués sur la dernière syllabe) devenus paroxytons (c’est-à-dire accentués sur l’avant-dernière syllabe). Cette évolution est apparue pour les mots finissant par séquence composée d’une syllabe faible (light) suivie d’une syllabe forte (heavy). Cette loi n’affecte que les mots d’au moins trois syllabes. La loi de Bartoli a été décrite en 1930.

on a donc: σxL > σxH

*θυγατρ/thugatr (XHĹ>XH́L) > θυγάτηρ/thugátēr ‘soeur’

*ἐρετς/erets (XHĹ>XH́L)> ἐρέτης/erétēs ‘rameur’

Comme déjà évoqué, un mot comme πατήρ/patḗr ‘père’ ne devient pas *πάτηρ/*pátēr, le mot comportant moins de trois syllabes.

L’alternance de l’accent au sein d’un même paradigme est le plus souvent éliminée par analogie. Ainsi, le nom.sg. ἐρέτης/erétēs devient au nom.pl. ἐρέται/erétai au lieu de *ἐρεταί/*eretaí (les finales -ai et -oi sont traitées comme des syllabes faibles). Cependant, le mot pour ‘fille’ préserve l’alternance de l’accent: nom.sg. θυγάτηρ/thugátēr (Bartoli) avec mais acc.sg. θυγατέρα/thugatéra (sans Bartoli).

La loi de Bartoli possède à première vue de nombreuses exceptions, bien que nombreuses d’entre-elles n’en sont en fait pas, puisque ces violations répondent en réalité à d’autres critères morphologiques les excluant du champs d’application de la loi de Bartoli. Par exemple, la première déclinaison des déverbatifs en o sont exclus (par-ex.: τομή/tomḗ ‘section’), étant donné qu’ils sont obligatoirement oxytones: par exemple, αγορή/agorḗ ‘assemblée’ (dérivé de αγείρω/ageírō ‘je rassemble’) ou μολπή/molpḗ ‘danse’ (dérivé de μέλπομαι/mélpomai ‘je danse’), qui sont dans ce cas de figure, ne sont pas concernés par la loi de Bartoli.

La diffusion de la loi de Bartoli au sein de tous les dialectes grecs est sujette à controverse, notamment parce que seules les règles d’accentuation de l’attique, du ionique et de l’eolique sont véritablement bien connues. Bartoli suggéra en 1930 lors de sa découverte que cette loi avait du avoir lieu dans tous les dialectes, Kiparsky réfute cependant cette assertion en 1967 en expliquant que la loi de Bartoli n’avait eu d’effets qu’en attique, la rapprochant ainsi d’une autre loi d’accentuation du grec – la loi de Vendryes – laquelle est justement limitée à l’attique. Cependant, il est souvent considéré que la loi de Bartoli s’applique au ionique, les exemples en attique étant également présents en ionique. Par exemple, pour reprendre l’exemple du mot ‘soeur’, le ionique possède le mot θυγάτηρ/thugátēr (avec la loi de Bartoli) et jamais la forme *θυγατῆρ/*thugatḗr n’a été attestée (sans la loi de Bartoli).

Steven Faulkner. « Bartoli’s Law. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 22 January 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/bartoli-s-law-EAGLLSIM_000033>
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Loi de Bartholomae (PIE > indo-iranien)

La loi de Bartholomae est une loi relative à l’évolution des consonnes aspirées indo-européennes dans les langues indo-iranienne. Elle est en cela similaire à la loi de Grassmann ; Cette loi dit qu’un groupe consonantique constitué d’une consonne aspirée suivie d’une consonne occlusive sourde devient un groupe consonantique constitué d’une consonne occlusive sonore non-aspirée suivie d’une consonne occlusive sonore aspirée par assimilation progressive. Cette loi fut proposée par Christian Bartholomae en 1904.

on a donc: *DʰT > DDʰ

La loi de est liée au nom de Bouddha en français ; en indo-iranien, on a en effet buddha < *bʰudʰ-to-, participe de *bʰudʰ- ‘être éveillé, être alerte’. Le nom Bouddha signifie donc ‘éveillé’ ;  Il est à noter que le suffixe du participe *-to- se dote alors logiquement d’un doublet *-dʰo-. D’autres exemples (vav. correspond au vieil-avestique) :

skt. *drugdhá- (adj.verbal de la racine druh- ‘recevoir’) < *drugʰ-tó-.

vav. *aogə-dā ‘il dit (passé simple)’ < *augd(ʰ)ta < *augdʰ-ta ; l’aspiration est perdue dans les langues iraniennes mai la séquence -gd- s’explique uniquement par la présence d’une aspiration antérieure (selon Beekes). la suffixe -ta- est réstauré en nouvel-avestique par analogie, donnant *aukta > aoxta. cf. en vieux-bulgare, où on a une forme aoɣ-žā ‘tu disais’ issue de *augžā < *aughžā < *augh-sa, un phénomène similaire s’étant passé avant *-s- en slave.

Il est à noter que cela fonctionne avec une séquence du type DʰT mais jamais DʰTʰ. Ainsi, on a :

skt. ā́ttha ‘tu dis’ < ādʰ-tHa (-tHa < -th2e) (racine √a(d)h‘dire’) et non *ā́ddha (type DʰTʰ) ; ā́ttha est une forme archaïque sans réduplication du 2sg. parfait, cependant on a l’adv. addhā́ ‘connu’ <  adʰ-ta- (type DʰT).

skt.ttha ‘il sait’ < u̯ói̯d-th2e (racine √vid‘savoir’) et non *véddha (type DʰTʰ).

Les groupes consonantiques constitués de consonnes non-aspirées subissent une assimilation régressive :

on a donc:  K > G |_G & G > K |_K

On a donc par exemple :

skt. niktá- ‘lavé’ < *nikʷtó- < *nigʷtó- du pie. *nei̯gʷ- (*gʷt*kʷt > *kt).

skt. upabdá- ‘vacarme, piétinement’ < *upa-bd avec -bd- qui renvoie à la racine ped- ‘pied’, degré-zéro pd- (*pd*bd).

De plus, un *-s- est inséré au sein d’un groupe consonantique constitué de deux consonnes occlusives hétérosyllabique (entre les deux syllabes). Ce *-s- est sonore (c’est donc un *-z-) si ces deux consonnes occlusives sont sonores.

on a donc:  T.T > TsT & D.D(ʰ) > DzD(ʰ)

L’évolution de TsT dans les langues iraniennes et indiennes est différent ; on a TsT > TT en sanskrit mais TsT > st en avestique.

pie. u̯ei̯d- ‘savoir’ , participe indo-iranien *vid-(s)-to ‘découvert’ > skt. vittá- et av. vista-.

Seminar Altindische Phonologie de l’université de Vienne (Autriche), Semestre d’hiver 2014 dispensé par Melanie Malzahn.
Beekes, Robert: Comparative Indo-European Linguistics (second édition). Amsterdam: John Benjamin Publishing Company, 2011.

Loi de Cowgill (PIE > proto-grec, proto-germanique)

La loi de Cowgill est une loi relative à l’indo-européen qui traite de l’évolution de la voyelle o du PIE au grec et de l’évolution des laryngales h₂ et h₃ du PIE au proto-germanique.

proto-grec

En proto-grec, la loi de Cowgill dit qu’une ancienne voyelle /o/ devient /u/ entre une résonante (l, r, m, n,,) et une consonne labiale (incluant les consonnes labiovelaires), quel qu’en soit l’ordre.

on a donc: *o > u/R_B ?

pie. *nokwts > grc. νυξ/nuks (lat. nōx, skt. naktam, all. Nacht)

pie. *oli̯om > grc. φύλλον/phúllon (lat. folium, all. Blum)

 proto-germanique

La loi de Cowgill en proto-germanique n’a aucun rapport avec la loi de Cowgill du proto-grec. Cette loi dit que la laryngale h₃, (et possiblement la laryngale h₂) devient /k/ en proto-germanique s’il est directement précédée par une sonante et suivie par /w/. Cette loi n’est pas encore accepté par tous.

on a donc: *h₃ (*h₂) > *k/R_w

pie. *gwih3u̯os > ger. kwikwaz ; cf. eng. quick ‘rapide’, visl. kvikr ‘vivant’, lat. vivūs ‘vivant’

pie. *n̥h₃we ‘nous deux’ > ger. unkw

En cas de consensus sur son acceptation,  cette loi pourrait avoir des conséquences sur les débats qui tournent autour de la valeur phonétique reconstruite de h₃ (que l’on associerait volontiers au son /ɣw/).

Loi de Grassmann (PIE > grec, sanskrit)

La loi de Grassmann est une loi relative à l’évolution des consonnes aspirées indo-européennes dans les langues filles lorsque celles-ci les ont conservées, soit en grec et en sanskrit. Cette loi, qui fut proposée par Hermann Grassmann en 1876 dans le livre Grundriss der indogermanischen Sprachen, stipule qu’une consonne aspirée perd son aspiration par dissimilation si une autre consonne aspirée la suit (par exemple, en sanskrit dh…dh devient d…dh). Elle est similaire à une autre loi, la loi de Bartholomae, traite également de l’évolution des aspirées. Il est à noter que les évolutions en grec et en sanskrit sont indépendantes l’une de l’autre.

on a donc: *Cʰ > C / _ … Cʰ

pie. *nokwts > grc. νυξ/nuks (lat. nōx, skt. naktam, all. Nacht)

pie. *oli̯om > grc. φύλλον/phúllon (lat. folium, all. Blum)

 sanskrit

En sanskrit, la loi de Grassmann donne les exemples suivant :

pie. *eéh1mi > sktdadhā́ti ‘placer, mettre’ ; cf. lat. facio ‘faire’, vsl. *dějati ‘faire’, grc. τίθημι/*títʰēmi (cf. en-dessous). La forme indo-européenne est issue de la rédulication de la racine *dʰeh₁- ‘faire, mettre’, qui a notamment donné l’anglais do ou l’allemand tun (< racine ger. *‘faire’) et le russe деть/det’ ‘poser, consommer, user’ (< vsl. *děti ‘mettre’).

pie. *eu > skt. bódhati ‘observer, être éveillé’ (racine √budh) ; cf. got. faurbiudan ‘interdire’ (all. verbieten & eng. forbid de même sens), alb. buj ‘observer’, rusбудить/budítʹ ‘réveiller, se réveiller’, grcπεύθομαι/peúthomai. La racine sanskrite √budhest liée au nom de bouddha, cf. la loi de Bartholomae.

L’aspiration est également perdue devant *s et *t ; ainsi, si la deuxième aspirée est perdue de cette façon, la première est maintenue :

pie.*egʷʰ > skt. dáhati ‘brûler’ (racine √dhagh) ; cf. ger. *dagaz ‘jour’ (all. tag, eng. day), vsl. *žeťi (bks. žeći, rusжечь/žečʹ, vbul. *жєщи/žešti) grc. τέφρα/téphra. En revanche, on a en skt. la forme du 3.aor.sg. ádhāk < *-dhāk-s-t avec le maintien de la première aspirée puisque la deuxième est perdue.

grec

En grec, la loi de Grassmann donne des exemples similaires à ceux du sanskrit, comme πεύθομαι/pthomai < pie. *eu– ou encore τίθημι/*tíēmi < pie.*eéh1mi (cf. ci-dessus pour les exemples). En grec, l’aspiration est également perdue devant *s et *t ; il est à noter qu’à cela s’ajoute la perte du *s- initial qui devient h-.

En grec, cela donne aussi plusieurs alternations. Par exemple, on a :

pie. *se donne en p-grc. *hékh-s-ō > grc. κσω/hék‘j’aurai’ mais aussi p-grc. *hékh> grc. χω/hékhō ‘avoir’.

grc. nom.sg. θρίκς/thks ‘cheveux’ vs.gen.sg. τριχός/trikhós.

grc. ταχύς/takhús ‘rapide’ vs. son superlatif θᾱ́σσων/thā́ssōn.

Cependant, plusieurs oppositions sont suprimmées par analogie : πάχυς/pakhús ‘épais’ a le superlatif πάσσων/pássōn, gardant le p initial de πάχυς/pakhús alors que la loi de Grassmann impliquerait normalement un maintient de l’aspiration initiale, une forme φάσσων/*phássōn serait donc logiquement attendue. De même, les verbes formés avec le suffixe aoriste passif -φε-/-thē- maintienne l’aspiration du suffixe quoiqu’il arrive : χύθε/ekhúthē ‘a été versé’ mais jamais *ἐκύθε/*ekúthē qui serait la forme attendue avec l’application de la loi de Grassmann.

Brent Vine. « Grassmann’s Law. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 05 February 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/grassmann-s-law-EAGLLSIM_00000468>
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Beekes, Robert: Comparative Indo-European Linguistics (second édition). Amsterdam: John Benjamin Publishing Company, 2011.

Loi de Grimm (PIE > proto-germanique, arménien)

La loi de Grimm – aussi appelée première mutation consonantique (erste Lautverschiebung) – est une loi relative aux langues germaniques possédant également des applications en arménien. Cette loi traite de l’évolution des consonnes occlusives indo-européennes. Cette loi fut décrite par Jakob Grimm, philologue allemand, en 1822. Cette loi fut complétée plus tard par la loi de Verner.

 proto-germanique

En proto-germanique, cette loi dit que :

  • les consonnes occlusives sourdes (*p, *t, *k, *kʷ) deviennent des consonnes fricatives sourdes (*f, , , *χʷ) (par spirantisation), sauf si elles sont précédées par *s. En outre, t reste tel quel s’il est précédé par une autre consonne occlusive sourde (*p, *t, *k, *kʷ).
  • les consonnes occlusives sonores (*b, *d, *g, *gʷ) deviennent des consonnes occlusives sourdes (*p, *t, *k, *kʷ) (par dévoisement)
  • les consonnes occlusives sonores aspirées (*bʰ, *dʰ, *gʰ, *gʷʰ) deviennent des consonnes occlusives sonores non-aspirées (*b, *d, *g, *gʷ) (par déaspiration)

En ce qui concerne ce dernier point, il est à noter qu’il est valable pour presque toutes les langues indo-européennes (le sanskrit les a néanmoins conservées). ainsi, ce point n’est pas caractéristique de l’évolution du proto-germanique.

On peut résumer cela par un tableau:

proto-germanique < Proto-Indo-Européen
f þ χ χʷ *p *t *k *kʷ
p t k *b *d *g *gʷ
b d g *bʰ *dʰ *gʰ *gʷʰ

 

pie. *ph2tér ‘père’ > ger. *fader ; cf. eng. father, visl. faðir, all. vater

pie.*dek̑ṃ(t) ‘décénie, dix’ > ger. *tehun ‘dix’ ; cf. veng. tēn(e) (eng. ten), visl. tīu (dan. ti, sued. tio), vha. zehan (all. zehn), vsax. tehan, tian, tein, got. taíhun & lat. decem,skt. dáśa, grc. δέκα/deka, vsl. desętь, lit. dešimtìs, virl. deich, alb. djetu, bret. dek, arm. tasn.

D’autre part,  et *χʷ deviennent ensuite respectivement *h et *hʷ :

pie. *kerdhi̯os- ‘cœur’ > ger. *herđijaz ; cf. veng. hoerte (eng. heart), visl. hjarta (sued. hjärta), vha. herza (all. herz), vsax. herta, neer. hart, got. haírtō & lat. cor/cordis, grc. καρδία/kardíā, vsl. srьdьce (rus. сердце/sérdce), lit. širdìs, virl. cride, het.

En ce qui concerne le nouveau son germanique  issu du son *gʷʰ , il est simplifié en w sauf s’il est précédé par une nasale n :

pie.*u̯er-/*gʷʰer- ‘chaud’ > ger*warmaz ; cf. veng. wearm (eng. warm), visl. varmr (sued. varm), vha. warm (all. warm), vsax. warm, neer. warm, got. warmjan ‘rechauffer’ & lat. formus, grc. θερμός/thermós, vsl. varъ (rus. вар/var), lit. vìrti ‘chauffer, cuire’, arm. ǰerm, skt. gharma.

pie.*sengʷH- > ger. *singwaną ‘chanter’ ; cf. veng. singan (eng. sing), visl. syngja/syngva (sued. sjunga), vha. singan (all. singen), vsax. singan, neer. zingen, got. siggwan ‘réciter, chanter’ & grc. ὀμφή/omphḗ ‘oracle’, mgall. de(h)ongl ‘expliquer’, pkt. saṃghai ‘dire, enseigner’.

Comme il l’a déjà été énoncé plus haut, les consonnes occlusives sourdes n’évoluent pas si elles sont précédées par un *s. Ainsi, l’équivalent du est en allemand stehen et en anglais stand, ces derniers venant du ger. standaną (pré-ger. *stéh₂-n-t < pie. *stéh₂). Idem pour t lorsqu’il est suivi d’une autre consonne occlusive sourde. Ainsi, le mot latin octō équivaut à l’allemand acht (vieil-haut-allemand ahto, et non *ahþo). Cette consonne occlusive sourde précédant un t se transforme souvent en t en vieux-norrois (= vieil islandais), qui redevient aspirée en islandais :  visl. tt/nótt ‘nuit’ (sued. natt, isl. tt [nou̯ht]), vha. naht (all. nacht).

 arménien

En arménien, cette loi dit que :

  • les consonnes occlusives sourdes (*p, *t, *) deviennent des consonnes aspirées sourdes (*ph > h, th, *kh) (par aspiration).
  • les consonnes occlusives sonores (*b, *d, *ĝ) deviennent des consonnes occlusives sourdes (*p, *t, *k) (par dévoisement)
  • les consonnes occlusives sonores aspirées (*bʰ, *dʰ, *ĝʰ) deviennent des consonnes occlusives sonores non-aspirées (*b, *d, *g) (par déaspiration)

On peut résumer cela par un tableau:

proto-arménien < Proto-Indo-Européen
h < *ph th s kh *p *t *k *k̂
p t c [ts]
k *b *d *g *ĝ
b d j [dz]
g *bʰ *dʰ *gʰ *ĝʰ

 

Michel-François DEMET, « GRIMM JAKOB (1785-1863) – et WILHELM (1786-1859) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/grimm-jakob-et-wilhelm/

Loi de Lachmann (PIE > latin)

La loi de Lachmann explique l’allongement des voyelles en latin. Cette loi, proposée par Karl Lachmann au milieu du xixe siècle, explique qu’une voyelle en latin est longue si elle est précédée par une consonne occlusive sonore elle-même précédée par une autre consonne (sourde) en indo-européen.

on a donc: V > V̄/*_DC

pie.*h₂eǵtos ‘posé, poussé’ > lat. āctus ‘fait’ (*h₂e > ā) mais infinitif ăgĕre ; cf. grc. ágō/γω, skt. ájati (voyelle courte).

pie.*ph₂gtos ‘fortifié, réparé’ > lat. pāctus ‘conclu, promis’ (*h₂ > ā) mais infinitif păngĕre; cf. skt. pajrás (voyelle courte).

pie.*tegtos ‘couvert’ > lat. tēctus ‘couvert, caché’ (*e > ē) mais infinitif tĕgĕre ; cf. grc. stégō/στέγω (voyelle courte).

Cette modification est visible dans la différence entre le supin et l’infinitif :  lĕgĕre ‘lire’ mais lēctum (<*lĕgtum), ăgĕre ‘agir’ mais āctum (<*ăgtum). En revanche, on a făcĕre ‘faire’ mais făctum avec une voyelle courte, puisque c [k] est une consonne occlusive sourde, d’où l’absence de la loi.

Les défenseurs de l’hypothèse des consonnes glottalisées, qui considère entre autres que les  consonnes occlusives sonores sont en réalité en indo-européen des consonnes occlusives sourdes glottalisées) se servent de la loi de Lachmann pour expliquer leur théorie. En partant du principe qu’une consonne glottalisée (C’) pouvait être préglottalisée (C), la loi de s’expliquerait par le fait que la préglottalisation induirait un allongement de la voyelle précédente (pie. *a’gtos /aʔg-tos/ > pie. *āctos /aːg-tos/). Cet allongement serait similaire à celui produit pas une laryngale (puisqu’on par exemple *eh₂ > ā).

Beekes, Robert: Comparative Indo-European Linguistics (second édition). Amsterdam: John Benjamin Publishing Company, 2011.

Loi de Osthoff (PIE > proto-grec)

La loi de Osthoff est une loi relative au grec (mais aussi quelques autres langues IE). Cette loi dit qu’une voyelle longue devient brève lorsqu’elle se trouve avant une résonante (l, r, m, n, u̯, i̯) qui elle-même se trouve avant une autre consonne. Elle fut proposée par Hermann Osthoff (1847-1909) en 1879.

on a donc: -V̄RC(-) > -V̆RC(-)

 grec

pie. *di̯ḗu̯-s  (nom.sg.) > grcΖεύς/Zeús ; cf. skt. dyāu-ṣ ‘ciel lumineux’, lat. deus ‘dieu’, diēs ‘jour’. (raccourcissement car grc. –eus <*-ēus)

pie. *di̯ḗm  (acc.sg.) > grc. ζν(α)/Zến(a); cf. skt. dyā́-m, lat. diem. (sans raccourcissement ; ζν/Zến, ζνα/Zếna sont des variantes de Δία/Día)

En grec, langue à laquelle la loi se réfère primairement, le raccourcissement de la voyelle longue se voit notamment au dat.pl. thématique, puisque l’on a : grc.ois < pie.ōis (cf. skt.ais avec la diphtongue longue). Il est à noter que la voyelle longue du grec krēmnós ‘falaise’ (en supposant une divisant syllabique/krē.mnos/, cf. débuts de mots en mn– comme dans mnêma ‘tombe’ etc.) n’est pas affecté.

La loi de Osthoff apparait également dans des emprunts, comme dans le mot persai ‘perses’ qui vient de l’iranien *pārsa- (pré-ion. *pērsa– ). La loi de Osthoff est également bien visible au nom.sg. des substantifs en –eus (<*-ēus) et dans les participes basés sur les racines à longues-voyelles (les aoristes passifs en -(th)ē- font leurs participes en -(th)e-nt- et non **-(th)ē-nt- à cause de la loi d’Osthoff).

Beaucoup de voyelles longues ont été restaurées par analogie.

 

Brent Vine. « Osthoff’s Law. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 22 January 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/osthoff-s-law-EAGLLSIM_00000505>
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Loi de Rix (PIE > proto-grec)

La loi de Rix est une loi relative à l’évolution des laryngales en grec. Cette loi dit qu’une laryngale est vocalisée en début de mot devant une résonante (l, r, m, n, u̯, i̯) qui elle-même se trouve avant une autre consonne. Elle fut proposée par Helmut Rix (1926-2004) en 1970. Chaque laryngale est vocalisée d’une manière différente (h1 > e, h2 > a, h3 > o).

on a donc: HR̥C- > VR̥C-

pie.

voyelle grecque

exemple

h1R̥C ἐ/é  pie. *h1rgjh-skj-e > grc. ρκομαι/érkomai
h2R̥C ἀ/á  pie.*h2r̥tkós > grc. ρκτος /árktos « ours »
h3R̥C ὀ/ó  pie.*h3m̥bhl > grc. μφαλός/omphalós « bec »

Miles Beckwith. « Laryngeal Changes. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 05 February 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/laryngeal-changes-EAGLLCOM_00000206>
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« Rix’s Law. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 05 February 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/rixs-law-EAGLLDUM_000097>
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Loi de Vendryes (grec (attique))

La loi de Vendryes – ou « loi égōge » – est une loi relative à l’accentuation en grec attique. La loi est aussi nommé que « loi de properispomène en attique » en référence à la formulation originale de Vendryes en 1905 : « tout properispomène avec une syllabe antépénultième devient en attique proparoxytone » (originale: all properispomena with a short antepenultimate syllable became in Attic proparoxytone). Cette loi affecte le déplacement de l’accent en grec, comme c’est par ailleurs le cas dans d’autres lois – comme celle de Bartoli ou Wheeler – qui en effet a tendance à reculer l’accent le plus possible. Ainsi, la loi de Vendryes dit qu’un mot de structure phonologique ˘ˉ˘ (ou LHL, où L désigne une syllabe faible et H une syllabe forte) deviennent proparoxytones, c’est à dire que l’accent se déplacement sur l’antépénultième syllabe, soit la 3e en partant de la fin du mot. Cette loi s’est appliquée aux alentours du iv siècle av. J.C.

on a donc: σV̄̂ # > σV̆́V̆ #

Note: L’accent circonflexe/la tilde note un accent descendant-montant, l’accent aigu un accent montant.

*ἑτομος/etoîmos > τοιμος/étoimos ‘prêt’

La loi de Vendryes s’applique pas aux autres dialectes grecs, mais fonctionne également pour le koinè. Elle ne fonctionne pas non plus pour Homère (dont les écrits remontent au viii avant J.C., sa langue étant de plus essentiellement basée sur les dialectes ioniques et éoliens).

Autres dialectes
Attique + Koinè sens
ἀγροῖκος/agrkos γροικος/ágroikos
‘rustique, rural’
γελοῖος/gelos γέλοιος/géloios ‘risible, ridicule’
ἐρμος/erêmos ρημος/érēmos ‘seul, désert, abandonné’
ἑτοῖμος/hetmos τοιμος/hétoimos ‘prêt’

Il est à noter que la loi s’applique également aux composés formés avec des infixes ou des prépositions. Ainsi, ἐγώ/egṓ + γε/ge donne γωγε/égōge et non *ἐγώγε/*egge en attique (d’où le nom de la loi ‘loi égōge‘). Idem pour le datif: ἐμοí/em + γε/ge >μοιγε/émoige.

La loi est cependant empêchée par certaines conditions phonologiques ou morphologiques particulières. Ainsi, l’accent n’est parfois pas retracté lorsque le mot fini par une syllabe composé d’un groupe consonantique : πολυπδαξ/polupîdax (V̄̂.CVCC#) ‘de plusieurs fontaines’, καλαῦροψ/kalrops (V̄̂.CVCC#) ‘bâton de berger’. Idem lorsque l’accent se trouve sur une voyelle contractée :  φιλοῦμεν/philmen ‘nous aimons’.

L’uniformité d’un paradigme est également un obstacle à la loi ; ainsi, ἀγνα/agôna ‘assemblée’ (acc.) maintient l’accent à sa position originelle pour correspondre à son nominatif ἀγών/agn ; idem pour δοτρα/dotêra ‘donateur’ (acc.), nominatif δοτήρ/dotr. Cette uniformité peut au contraire conduire à son implication par syncrétisme : ἰσοτς/isotês ‘égalité’ devient alors ἰσότης/isótēs pour que l’accent corresponde au génitif ἰσότητος/isótētos.

De plus, la loi est bloquée par l’augment verbal ε-/e- : ainsi, on a παρεῖχε/parkhe ‘remettre qc à qn’ plutôt que άρειχε/*páreikhe, le mot étant issu du composé *par-e-ekhe-e- est l’augment en question.

Toutes ces exceptions (notamment les doublets) sont en partie explicables par le caractère tardif de la loi, qui ne s’est appliquée qu’après Aristophane et Thucydide (morts tous deux vers -400 av. J.C.), ce qui la situe aux alentours du V-IV siècle av. J.C.. Chez Xenophon (né entre -440 et -426, mort vers -355), en revanche, la loi semble appliquée : chez Aristophane, Thucydide et Homère, on trouve le mot τροπαῖον/tropon ‘trophée’, orthographié cependant τρόπαιον/trópaion chez Xenophon.

Ignacio Rodriguez Alfageme. « Vendryes’ Law. » Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics. Managing Editors Online Edition: First Last. Brill Online, 2015. Reference. Universitaet Wien. 22 January 2015 <http://static.ribo.brill.semcs.net/entries/encyclopedia-of-ancient-greek-language-and-linguistics/vendryes-law-EAGLLSIM_00000544>
Last online update: January 2014
First appeared online: 2013

 

Loi de Verner (PIE > proto-germanique)

La loi de Verner est un complément à la loi de Grimm, dont il explique les irrégularités. Elle fut formulée par le linguistique danois Karl Adolf Verner en 1875. Alors que la loi de Grimm prévoit que les consonnes occlusives sourdes (*p, *t, *k, *kʷ) deviennent normalement des consonnes fricatives sourdes (*f, , , *χʷ) par spirantisation, celles-ci devenaient parfois des consonnes fricatives sonores (, , , *ǥʷ). Karl Verner découvre alors que cette évolution est due à la position de l’accent indo-européen, qu’il imagine identique à celui que l’on trouve en sanskrit. Ainsi, la loi dit que si l’accent indo-européen se trouve après la consonne fricative sourde mutée selon la loi de Grimm, celle-ci devient sonore.

pie. *ph2tér ‘père’ > ger. *fadér ; cf. skt. pitár.

pie.*leu̯bhós ‘amour’ > ger. *leuƀaz ‘amour’.

Les effets de la loi de Verner sont aussi visible sur le phonème *s, qui devient *z dans les mêmes conditions (avant l’accent). Ce dernier devient *r par rhotacisme, notamment en vieux-norrois : kaus ‘choisit’ vs. kuru ‘choisirent’ du germanique *káuse/*kuzún. La loi de Verner a donné les oppositions actuelles que l’on trouve en anglais dans le verbe be en anglais au prétérit (was/were < , où r est issu du rhotacisme d’un -z- induit par Verner) mais aussi dans les oppositions en allemand entre ziehen/gezogen ‘tirer/tiré’, frost/frieren ‘froid/geler’, verlust/verlieren ‘perte/perdu’, schneiden/geschnitten ‘couper/coupé’ ou encore leiden/gelitten ‘souffrir/souffert’.

Seminar Historische Grammatik einer weiteren idg. Sprache Europas – Historisch-vergleichende Grammatik der germanischen Sprachen de l’université de Vienne (Autriche), Semestre d’hiver 2014 dispensé par Stefan Schumacher

Loi de Wheeler (proto-grec)

La loi de Wheeler est une loi relative à l’accentuation en grec, dont les applications sont attestés dans tous les dialectes helléniques. Cette loi est en cela similaire aux lois de Bartoli ou Vendryes : en effet, comme pour ces dernières, la loi de Wheeler concerne la rétractation de l’accent en grec, qui a en effet tendance à reculer le plus possible. Ainsi, la loi de Wheeler dit qu’un mot finissant par une séquence constituée d’une syllabe forte (heavy) suivie d’une de deux syllabes faibles (light) (soit HLL, où L désigne une syllabe faible et H une syllabe forte), si ce mot est oxyton, devient paroxyton, c’est-à-dire que l’accent originellement située sur la dernière syllabe bouge sur l’avant-dernière syllabe. Cette loi a été décrite par Benjamin Ide Wheeler en 1885.

on a donc: σHL#> σHL#

*ποικιλός/*poikilós > ποικίλος/poikílos ‘multicolore’

*δεδεγμενός/*dedegmenós > grc.ion. δεδεγμένος/dedegménos ‘attendant’

Les preuves de la loi de Wheeler  sont avant tout donnés par une comparaison contrastive des suffixes grecs avec leurs équivalents en sanskrit védique. Ainsi, le suffixe grec –μένος/-ménos servant à former les participes du parfait médio-passif renvoie au suffixe védique -āná(pie. *-mh₁nos), le suffixe adjectival grec –ύλος/úlos renvoie au suffixe védique -urá/-ulá, le suffixe adjectival grec –ίλος/ílos renvoie au suffixe védique -irá/-ilá(où on a: ved. < pie. *s).

La loi de Wheeler s’est accompagnée de changements analogiques afin de restituer l’uniformité de nombreux paradigmes. Ainsi, les locuteurs évitent l’alternance d’accents divers au sein d’un même paradigme : aux côtés de la nouvelle forme du nominatif singulier ποικίλος/poikílos ‘multicolore’, on réanalyse le datif singulier *ποιλικῶι/*poikilôi en ποιλίκωι/poikílōi afin de tendre à l’uniformité, bien que la structure originelle (HLH) ne soit pas concernée par la loi de Wheeler. De la même façon, les locuteurs ont préféré tendre à l’uniformité de l’accentuation pour un suffixe donné : ainsi, l’accentuation alors devenue changeante de certains suffixes à cause de la loi de Wheeler s’est régularisée :

δεδεγ-μένος/dedeg-ménos ‘attendant’ (LHLL, avec Wheeler) vs. *κεχυ-μενός/*kekhu-menós ‘ayant été caressé’ (LLLL, sans Wheeler) > δεδεγ-μένος/dedeg-ménos et κεχυ-μένος/kekhu-ménos (harmonisation de la forme avec Wheeler)

*πελαγ-ίκος/*pelasg-íkos ‘Pélasges’ (LHLL, avec Wheeler) vs. ορφαν-ικός/orphan-ikós ‘orphelin’ (HLLL, sans Wheeler) > πελαγ-iκός/pelasg-ikós et ορφαν-ικός/orphan-ikós (restauration de la forme initiale sans Wheeler)

Ainsi, pour suffixe –μένος/-ménos, la forme avec la rétractation de l’accent s’est propagée éliminant ainsi le suffixe original oxyton, tandis que le contraire s’est passé pour le suffixe -ικός/-ikós, lequel a éliminé la nouvelle forme avec l’accent paroxyton. Ainsi, une des variantes a toujours été préférée.

L’alternance a été partiellement préservée dans les composés si le second élément est l’élément de tête et que celui-ci est composé d’une racine verbale avec un sens actif, le plus souvent avec un degré o et suivi d’une voyelle thématique: patro-któnos ‘tue-père’ (HHLL) vs. psūkho-pompós ‘escorte-âme’ (HLHL).

 

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